Les arguments qui ont fait taire les avocats de Trabelsi
Lundi, 23 Avril 2012 21:38

trabelsi-canadaL'audience de Belhassen Trabelsi, qui s'est déroulée lundi 23 avril à la salle 70 de la Commission de l'Immigration et du Statut de Réfugié (CISR) a été marquée par l'absence du beau-frère de Zaba, après que le tribunal ait débouté les requêtes de ses avocats visant à tenir la séance à huis-clos et à la surseoir. De notre correspondant au Canada, Mohamed Jebri

Plus de 110 ressortissants Tunisiens ont ainsi pris d'assaut le bâtiment sis au 200 Boulevard René-Lévesque Ouest à Montréal dans l'espoir de voir Belhassen Trabelsi se faire retirer définitivement son statut de résident permanent. Mais tous les présents n'ont pas eu le "privilège" d'assister à la séance. 90 de nos concitoyens ont pu s’engouffrer dans la salle pleine comme un œuf. Plus d'une vingtaine de Tunisiens ont ainsi été priés de prendre leur mal en patience dans les couloirs menant à la salle d'audience jusqu'à l'annonce du verdict par la juge Marie-Claude Pâquette. Et pour cause: La CISR n'a pas prévu un tel rush en cette journée pluvieuse et terne à la métropole du Québec.

Étaient présents à la séance, les avocats M. Norton H. Segal et Mme Stéphanie Valois à la défense de Belhassen Trabelsi et Me Catherine Raymond du côté de l'Agence des Services Frontaliers du Canada (AFSC). L'audience a été déclarée ouverte vers 9h30. 

Belhassen Trabelsi, véritable ennemi de lui-même?
Les avocats de Belhassen Trabelsi ont été les premiers à prendre la parole pour expliquer l'absence de leur client, l'imputant à sa crainte de se faire agresser à sa sortie de l'audience devant le public. Mais Me Catherine Raymond était sur le qui vive, prompte à répliquer à toutes les excuses de Belhassen, pour relever les contradictions de l'argumentaire de ses avocats.  «Je ne peux pas comprendre qu'un propriétaire d'une firme de sécurité puisse avoir autant de peur à se présenter à la Cisr, située dans la même ville de son lieu de résidence»  souligne-t-elle. Arguant de l'absence du requérant, l'avocate de l'AFSC a également demandé à la juge de ne pas prendre en considération la demande d'appel émise par les avocats de Belhassen Trabelsi , sur la décision de révocation de son statut au Canada. 

A 9h45, la juge annoncera une suspension de la séance pour une durée de 5min avant de proclamer la décision du tribunal. Les écrans de projection ont dès lors été mis en veille, et les micros de la salle d'audience ont été coupés. Plus d'une heure s’est écoulée avant que la juge ne rouvre la séance en rejetant la demande de Me Raymond, affirmant que l'absence de Belhassen Trabelsi ne peut avoir pour conséquence le rejet de l'appel et l'annulation de son statut. Elle demandera par la suite aux avocats des deux parties d'amorcer leur plaidoirie.

Les avocats de Belhassen Trabelsi se sont basés sur des extraits de bulletins d'informations diffusés sur certaines chaînes tunisiennes, stockés sur des CD-Rom et Clés Usb, démontrant les risques que coure leur client s'il rentre en Tunisie. La juge a coupé court indiquant que le tribunal ne peut tenir compte des documents qui lui sont présentés dans ces supports, pour des raisons liées à la sécurité du système informatique de la CISR. 

La lettre de Belhassen Trabelsi se retourne contre lui
Me Catherine Raymond a encore une fois mis dans le mille : "Si Belhassen Trabelsi se sent aussi menacé dans son pays, pourquoi écrirait-il une lettre au peuple tunisien dans laquelle il confirme sa volonté de regagner la Tunisie coûte que coûte ? Les allégations des avocats et de leur client sont contradictoires madame la juge. Belhassen Trabelsi veut garder le statut de résident permanent dans un pays où il détient des fonds colossaux et pour lesquels il n'a payé aucun sou aux caisses d'impôt. Comment peut-on continuer à lui accorder ce statut alors qu'il n'avait même pas passé la moitié de la durée qu'il devait passer (NDLR: deux années sur cinq ans) pour se conformer aux lois d'immigration de ce pays?". Et d'ajouter: "Belhassen Trabelsi s'est dit prêt à retourner en Tunisie dans le cas où on lui réserve un procès juste et équitable Madame la juge. Or la justice Tunisienne a démontré à maintes reprises que les proches du président déchu n'ont pas été victimes de partialité ou encore d'injustice lors des jugements émis à leur égard par les tribunaux tunisiens. Le procès de Sofiane Ben Ali en témoigne. Je demande le renvoi de Belhassen Trabelsi en Tunisie pour que justice soit faite" conclut-elle. 

La juge a ensuite demandé aux avocats de Belhassen Trabelsi s'ils désirent objecter aux accusations de Me Catherine Raymond, sauf que ces derniers ne l'ont pas fait, gardant un silence assourdissant avant que le porte-parole de la CISR M. Robert Gervais n'annonce la mise du jugement en délibéré, dans les quelques semaines à venir. Les avocats de Trabelsi ont fini par sortir de la salle d’audience, le visage livide, et les nerfs à vif.

M.J

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