Tunisie : Winston Smith, les enjeux d’une confiscation
Jeudi, 31 Mai 2012 12:13

ramzi-bettaiebRamzi Bettaieb, alias Winston Smith, journaliste de «Nawaat», a entamé une grève de la faim sauvage le lundi 28 mai. Un acte de protestation déclenché parce qu’un officier du tribunal militaire du Kef lui a confisqué deux caméras lors du procès des martyrs de Thala et de Kasserine.

Parce qu’officiellement, selon le règlement, les journalistes n’ont droit qu’à trois minutes d’enregistrement. Une restriction qui empêche le grand public de se tenir informé sur le déroulement de procès historiques, et qui concernent l’histoire immédiate de tous les Tunisiens.

Ce n’est pas la première fois que Ramzi est confronté aux décisions des autorités qu’il considère comme arbitraires. En 2005, Ramzi a été arrêté par la sûreté de l’Etat, et a passé trois ans en prison, dont un an et sept mois dans l’isolement total. Une condamnation due à son refus d’appliquer, dans son publinet (cybercafé) les mesures restrictives visant à limiter l’accès à certains sites internet. Il a perdu ses parents lors de son emprisonnement et a été privé de son droit à assister à leurs funérailles. Et même à sa sortie de prison, il a continué à être harcelé par la police politique. Et aujourd’hui, Ramzi affirme être encore la cible d’écoutes téléphoniques. De quoi s’interroger sur ces agissements qui continuent d’écorner l’image de la Tunisie d’après la Révolution.

A noter que des personnalités telles Abderraouf Ayadi, ex-secrétaire général du Congrès pour la République, et actuel leader du mouvement El Wafa a rendu visite à Ramzi Bettaieb et ont interpelé la justice militaire sur la confiscation des caméras. De nombreux Tunisiens se déclarent solidaires, et affichent désormais le portrait de Ramzi en guise de photo de profil sur leur compte Facebook. Une vague de soutien qui commence à prendre de l’ampleur.

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Des blessés de la révolution lui ont rendu visite mercredi au local de Nawaat pour exprimer leur soutien dans son combat, qui est aussi le leurs. Des blogueurs, des militants associatifs, proclament leur solidarité avec Winston Smith et sa cause. Yassine Ayari écrit ainsi à ce sujet : «J'aurais aimé qu'un salafiste le fasse, que ça soit une histoire d'un film iranien, ou d'une photo de nu dans un journal, peut-être que dans ce cas, nos médias, et élites, la regarderaient comme une histoire de liberté d'expression! Mais hélas, cette fois, c'est une vraie histoire de liberté d'expression, et comme prévu, ça n'intéresse personne! L'histoire s'en rappellera».

En attendant, Ramzi Bettaieb a mis le doigt sur un élément décisif dans le processus de la démocratie tunisienne naissante et balbutiante : peut-on se permettre de garder l’opacité sur le déroulement de procès qui engagent le destin d’une Nation ? La transparence de la justice et de l’administration est-elle un simple slogan électoral ? En somme, le geste de Winston Smith, et la confiscation de son matériel de travail interpelle et engage tous les Tunisiens. Sommes-nous prêts à céder sur l’essentiel de nos revendications, celles-là même pour lesquelles sont tombés les martyrs de la Révolution, dont on n’arrive pas à suivre dans les meilleures conditions les procès ?

Lotfi Ben Cheikh

Tunisie : Winston Smith, les enjeux d’une confiscation
 

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