Terrorisme : Médias de tous les dangers
Samedi, 15 Février 2014 13:49

Des agitateurs wahhabites sont invités sur les plateaux de télévision, et les studios des radios pour émoustiller une audience en mal de sensations. Alors même que tous les efforts de la Nation sont dirigés dans cette lutte contre le terrorisme. Autant de pièges visant une jeunesse désorientée. Attention danger!

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 «Ce sont des jeunes de moins de trente ans, qui ont préféré l’aventure de la mort, qu’ils ont affrontée avec un ‘’rare courage’’, que l’on ne trouve que chez une minorité, chez ceux qui sont dotée d’une force morale, spirituelle, et physique». 

Cette phrase a été publiée à la une d’un journal tunisien, «El Dhamir», dans son édition de ce vendredi 14 février. Il s’agit d’un extrait d’une accroche destinée à présenter un dossier intitulé «Les jeunes tunisiens et la voie armée, Qui arrêtera l’hémorragie».

«Rare courage», «force morale, spirituelle, et physique». Ces mots ont été choisis pour évoquer des terroristes. Tels ceux qui ont abattu Chokri Belaid, et El Haj Mohamed Brahmi, les martyrs de la Tunisie. Cette phrase prétend ainsi décrire des jeunes au parcours similaire à ceux qui ont égorgé nos fils sur les hauteurs du Châambi. Dans un contexte où une jeune tunisien, Socrate, a été assassiné par des terroristes. Une violence qui n’a même pas épargné les hommes de religion, puisqu’un imam Lotfi Kallel, a été tué par ces groupes extrémistes.

En somme, voici que l’on retrouve dans la presse imprimée tunisienne, des positions apparentées à celles exprimées lors de la très conversée émission animée par Samir ElWafi, sur la chaîne Ettounissia.

Les invités y avaient osé qualifier, dimanche dernier, les terroristes de martyrs, sans que le responsable de l’émission n’intervienne. Devant la levée de boucliers, l’animateur avait fini par se confondre en excuses. Mais manifestement, ce genre d’opinion continue d’avoir cours, dans la Tunisie d’aujourd’hui. Dans une vidéo diffusée par Shems FM, le salafiste djihadiste Khemais Mejri explique la dérive terroriste par notamment l’interdiction des tentes de prédication, et compare le port du niqab à celui de la cravate, alors que des terroristes ont été arrêtés, sous cet accoutrement qui permet de cacher intégralement le visage. Il finira même par justifier «religieusement» l’usage du terme «taghout».

Des agitateurs wahhabites continuent d’être invités sur les plateaux de télévision, et les studios de nos radios histoire d’émoustiller une audience en mal de sensations fortes. Alors même que tous les efforts de la Nation sont dirigés dans cette lutte acharnée contre le terrorisme. Alors même que des Tunisiens versent leur sang dans la défense de la patrie.

Que l’on ne s’y trompe pas. Ce genre d’émissions de télévision, les notes tendancieuses qui circulent sur les réseaux sociaux, les rutilants photomontages sur Facebook, constituent autant de pièges visant une jeunesse désorientée, désenchantée.

Serait-il permis, sous couvert de liberté d’expression, d’attribuer à des criminels, les traits des héros ? Dans une situation aussi sensible, est-il permis de banaliser des dérives sanglantes ? La propagande en faveur des tueurs  des martyrs de notre pays continuerait-elle à distiller pernicieusement son poison idéologique ? 

Paradoxalement, les Musulmans continuent d’être assassinés en Birmanie, et on évoque un génocide en préparation en république Centrafricaine. Alors que les sergents recruteurs conduisent en secret nos enfants sur les chemins meurtriers de Syrie, et sur la voie sans retour des ennemis de la Tunisie.

Soufia Ben Achour

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