Jebali veut-il vraiment nettoyer les médias ?
Samedi, 03 Mars 2012 02:48

hamadi-jebaliLes accusations du gouvernement se multiplient face à des médias jugés au mieux, pas à la hauteur de leurs responsabilités, au pire, carrément manipulateurs, falsificateurs, et contre l’atteinte des objectifs de la Révolution. Des manifestations ont même été organisées par des supporters d’Ennahdha, comme celle du vendredi 24 février, appelant à «nettoyer» la télévision nationale au décapant.

Ces accusations parfois exagérées, ne sont toutefois pas toujours éloignées de la réalité. Et pour cause.

Des hommes placés par les Trabelsi à la tête des médias de masse continuent d’occuper des postes de direction. Pis : certains proches des Ben Ali ont même été rétablis après avoir été un moment écartés. Des flics notoires, des membres des milices médiatiques de Ben Ali, continuent de sévir dans les journaux gouvernementaux. Quant aux chaînes de télévision privées les plus populaires, les Tunisiens savent à qui elles appartiennent. Et à cet égard, rien n’a changé.

Or depuis les élections du 23 octobre, les Tunisiens disposent d’un gouvernement issu des urnes, et à la légitimité indiscutable. Il dispose donc (théoriquement) de l’autorité nécessaire pour corriger les dérives de la dictature. Il a même le devoir de redresser la situation et d’intervenir dans un secteur monopolisé par les plus ardents défenseurs du benalisme. C’est que durant les 23 années de règne de Ben Ali, les autorisations étaient distribuées au compte-gouttes, et seuls les plus proches du pouvoir pouvaient espérer publier un journal. Les choses sont donc claires.

Or la plupart des électeurs qui ont choisi des partis comme Ennahdha et le Congrès pour la République ont opté pour eux,  parce qu’ils ont espéré, (à tort ou à raison), que ces mouvements allaient résolument donner un grand coup de balai, pour rompre définitivement avec les pratiques du passé. Les voici portés au pouvoir par l’espérance du peuple tunisien, qui attend toujours les fruits de la Révolution.

Les autorités ont la possibilité de publier les listes des journalistes qui étaient au service de la police politique, ceux qui faisaient des rapports quasi-quotidiens sur leurs collègues. Pourquoi le ministère de l’Intérieur ne les publierait pas ? Pourquoi M. Ali Laâridh, qui a écarté quelques gros bonnets du système sécuritaire, n’annoncerait pas, dans une conférence de presse, la divulgation prochaine de la liste des journalistes qui ont collaboré avec les services de ses ex-tortionnaires ? Qui d’autre, sinon le ministère de l’Intérieur, a eu une connaissance précise de ses propres supplétifs médiatiques ? Comment le Syndicat des Journalistes Tunisiens (SNJT) pourrait-il précisément connaître les noms de toutes les brebis galeuses, sans avoir accès aux archives de la police politique ?

Qui d’autre, sinon l’Etat, a connaissance des noms des journalistes qui étaient rémunérés par l’Agence Tunisienne des Communications Extérieures (ATCE) pour faire la promotion du régime de Ben Ali en Tunisie et à l’étranger ? Autant de questions escamotées, éludées, par un gouvernement pourtant issu de la Révolution.

Pendant ce temps, dans cette atmosphère délétère, même les représentants les plus honorables de la profession, des militants connus pour leurs sacrifices et leur courage sous la dictature, se font agresser, comme en ce samedi 25 février, lors de la manifestation de l'UGTT.

Hamadi Jebali et son parti voudraient-il, malgré les protestations publiques de ses ministres, et les accusations récurrentes et fracassantes, protéger les rescapés des journalistes du RCD ? Ou s’agirait-il plutôt de ménager les orphelins de Ben Ali susceptibles d’être recyclés ? Que chacun assume donc ses responsabilités.

Oualid Chine

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