Talbi : Interdit sous Ben Ali, détesté par Ghannouchi
Jeudi, 21 Mars 2013 01:54

mohamed-talbiLes déclarations de Mohamed Talbi sur les plateaux de télévision et au micro de nos radios suscitent la polémique, tout comme son association consacrée aux Musulmans «Coraniques». Mais même dans un contexte tunisien propice à la schématisation la plus caricaturale, on aura bien du mal à enfermer Mohamed Talbi dans une catégorie.

 C’est que l’historien et premier doyen de la faculté des lettres de l'Université de Tunis, n’a pas attendu la Révolution pour faire des vagues. Alors que certains intellectuels «islamisants» étaient dans les bonnes grâces du RCD, et écrivaient des discours à la gloire de la Régente de Carthage, Talbi, lui, a été censuré. Son ouvrage intitulé «Iyal Allah» (Les enfants de Dieu) sera même interdit dans la Tunisie de Ben Ali, et on lui refusera le droit de lancer une revue consacrée à l’Islam. C’est que Talbi déplaisait déjà à Ben Ali, tout comme il déplait aujourd’hui, du haut de ses 92 ans, au nouveau pouvoir.

Il fera même partie, dès 1995, du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), aux côtés de Sihem Ben Sedrine, Moncef Marzouki, Mustapha Ben Jaafar, Abderraouf Ayadi, Mohamed et Samia Abbou, Néziha Réjiba alias Om Zied... Mohamed Talbi n’est donc clairement pas un intellectuel du sérail, de ceux qui servaient d’alibi et de vitrine à la dictature.

Profondément croyant, il s’érigera contre tous ceux qui, selon lui, édulcorent le Message de l’Islam. Il rappellera ainsi que « le musulman, c'est celui qui est tenu par le Coran», et les cinq piliers de l’Islam que sont la chahada, la prière, la zakat, le jeûne et le pèlerinage. Et si le penseur et historien s’attaque aujourd’hui au salafisme et à Ennahdha, il n’a pas craint de critiquer, souvent de manière très virulente, ceux qu’il a lui-même qualifiés de «désislamisés».

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Virulent contre les désislamisés
Ainsi, Mohamed Talbi, accusera Youssef Seddik, l’auteur de «Nous n’avons jamais lu le Coran» d’avoir «sciemment falsifié le Coran», dans l’objectif de plaire aux non-musulmans. Dans une critique particulièrement acerbe de cet ouvrage, il affirmera «Les Occidentaux seront donc ravis de découvrir, dûment délesté, un Coran occidental. Et les désislamisés en mal d'intégration seront fiers de voir le Coran de leurs parents, nouvellement toiletté, faire bonne figure dans la culture occidentale à côté de L'Iliade et de L'Odyssée».

Et parmi les «désislamisés» en question, l’intellectuel Abdelmajid Charfi, l’auteur de «L'Islam entre le message et l'Histoire» figure en bonne place, puisque Talbi lui reprochera notamment de «désacraliser le Coran», et de «faire dire à l'Histoire ce qu'elle ne dit pas».

Et s’il admet apprécier Hichem Djaït, c’est d’abord pour son honnêteté. Dans une interview publiée par «Jeune Afrique» en 2006, Talbi dira de lui  qu’il reconnait ne pas être un penseur musulman. Hamadi Redissi ? Pour Mohamed Talbi, l’auteur de «L'Exception islamique», n’est pas, lui non plus, musulman.

En clair, Mohamed Talbi s’érige contre ceux  qui «veulent créer ce qu'ils appellent un islam laïc. Un islam sans Dieu». Et le problème, selon lui, c’est que «cet islam est en train d'attirer beaucoup de monde, parce qu'il est commode».

En somme, Mohamed Talbi est très loin de correspondre à l’image que veulent donner de lui certains activistes en mal de reconnaissance. Ironie du sort, voici que Mohamed Talbi est placé, sans doute pour des considérations politiciennes, sur le même plan que ceux, qu’hier encore, il vouait aux gémonies.

Moez El Kahlaoui

Lire aussi: Pas d’autorisation pour l’association de Mohamed Talbi

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