Annulation du concert de Yasmine Hamdan : Les organisateurs expliquent
Mercredi, 02 Avril 2014 15:18

Lors de sa conférence de presse de vendredi dernier, le ministre de la culture Mourad Sakli a justifié l'annulation du concert de Yasmine Hamdan par le non-respect des procédures conformément au décret présidentiel de 2009. Dans cet article, les organisateurs du concert nous donnent un autre son de cloche.

«Nous avons travaillé selon le décret-loi de 2011 relatif à la régulation des associations qui nous donne le droit d'organiser toutes les activités, manifestations culturelles comprises» explique Mme Mounira Hammami, membre de l'AFTURD, association organisatrice de l'événement. «Il y a eu une confusion entre deux textes de loi puisque le Ministère de la Culture nous a demandé de se conformer au décret de 2009 exigeant d'autres procédures pour les manifestations impliquant des artistes étrangers», ajoute la chargée des activités culturelles de l'AFTURD.

Selon les organisateurs, le District de Police de Bab Bhar a contacté le responsable de la salle du Rio et lui a demandé de présenter une autorisation à obtenir auprès du Ministère de la Culture. «Nous avons contacté le Ministère de la Culture qui a refusé de nous délivrer l'autorisation en question tout en nous invitant à se conformer aux procédures au décret 2009-2127. J'ai rencontré le chef du cabinet ministériel et le responsable de la direction de la musique et de la danse. Ni l'un ni l'autre ne voulait prendre en considération le décret de 2011.» raconte Thameur Mekki, coordinateur du projet Fréquences F. 

«Ce qui est révoltant, c'est que le ministère de la culture a publié un communiqué, vendredi dernier, au titre mensonger prétendant que le ministère n'a pas annulé le concert», renchérit-il avant d'ajouter : «J'ai lu un article de La Presse repris par le site de Shems Fm dans lequel le ministre de la culture a poussé la désinformation encore plus loin en disant que le ministère n'a même pas été informé de la tenue du concert alors que nous avons déposé au bureau d'ordre du ministère une demande de soutien logistique daté du 11 mars restée sans réponse. Nous en avons toujours la décharge». 

Confusion juridique, intervention policière et annulation. Karim Rmadi, producteur d'événements culturels de retour en Tunisie après une vingtaine d'années au Canada, était à l'initiative du projet Fréquences F. Il nous en parle : «Même s'il y a faute de procédure, ce n'est pas à travers l'harcèlement policier et autres procédés répressifs qu'un ministère de la culture joue son rôle de régulateur. Du moins, ce n'est pas de cette façon que ça fonctionne dans une démocratie. Il y a différents types de sanctions envisageables mis à part l'intervention policière et l'annulation». Et il poursuit : «D'ailleurs, le décret de 2009 est une loi liberticide qui a contribué au verrouillage de la scène culturelle tunisienne durant les dernières années de la dictature. Il faudrait, certainement, protéger les intérêts des artistes tunisiens mais pas en les enfermant dans une coquille scellée au détriment d'une diversité enrichissante. Si on voudrait s'engager sur le chemin de la modernité, il faudrait considérer ces lois comme étant obsolètes et les remplacer par un cadre juridique plus favorable à l'épanouissement du paysage culturel «. 

Depuis la Révolution, que ce soit sous le mandat des ministres de la culture Azzedine Beschaouch ou Mehdi Mabrouk, aucun concert n'a été annulé pour ces raisons. Durant le mois de Mars écoulé, plus de cinq concerts d'artistes étrangers se sont tenus sans passer par la procédure du décret de 2009 et obtenir l'autorisation en question. Et dans cette confusion juridique et procédurale, le plus grand perdant demeure le projet d'une Tunisie riche en diversité culturelle.

Faten M.

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