Rap : Qui veut effacer la bande-son de la Révolution ?
Vendredi, 22 Mars 2013 14:33

emino-weld-el15Weld El 15 n’a pas été le seul à tomber dans l’affaire du morceau et du clip vidéo «El Boulissya kleb» («Les policiers sont des chiens»). Quatre autres rappeurs Emino, Lil-K, Ashraf, et Mado MC, ont également été condamnés, le jeudi 15 mars, à la même peine, à savoir, deux ans de prison ferme, par contumace.

Le problème, c’est qu’au moins pour certains d’entre eux, ils n’étaient même pas au courant de l’affaire.

Le procès de Weld El 15 aura finalement abouti à la condamnation de sept personnes, en comptant le mannequin Sabrina Klibi, figurante dans le clip, et le vidéaste Hédi Belgaïed Hassine, qui ont tous deux écopé de six mois de prison avec sursis, et qui ont fini, eux, par être relâchés.

En apprenant le verdict du procès, le rappeur Emino a laissé éclater sa colère, et son désarroi, dans un entretien diffusé dans la soirée du jeudi sur les ondes de Radio Kalima.

eminoIl déclare : «Il me semble que pour son premier procès, Imed Trabelsi a été condamné à deux ans. Donc lui et moi, on est pareils ? Je suis donc un criminel aussi dangereux que cela ? Vous trouvez normal que l’on soit condamné à une telle peine pour une simple dédicace dans un générique» ?  Interrogé sur ses intentions, Emino explose littéralement de colère: «Ce que je vais faire ? Je vais chercher un statut de réfugié politique. Je ne suis plus Tunisien avec une telle justice. Je me ferai Yougoslave, Sénégalais, ou Camerounais, mais pas Tunisien».

Pour sa part, Mado MC diffusera une vidéo sur les réseaux sociaux. Il y affirmera:  

«Je suis au Maroc. J’ai pris l’avion normalement, en passant par l’aéroport, comme tout le monde, et sans être le moins du monde inquiété. Et voici que j’apprends que je suis condamné à deux ans de prison, et que je suis soi-disant en état de fuite, alors que je viens tout juste d’apprendre mon jugement et ma condamnation… Simplement pour avoir été cité dans les remerciements, dans le générique du clip de Weld El 15».

L’avenir de ces jeunes Tunisiens, est donc sur la balance. Et il ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices puisque Alaa Yacoubi dit Weld El 15, Madou MC aka Mohamed Amine Bouhrizi, et Marwane Douiri, plus célèbre sous le nom de scène Emino, ont été arrêtés, dans la soirée du mardi 21 février, pour consommation de cannabis. Le trio a donc déjà été arrêté et condamné, faisant les frais de la loi n°52 du 18 mai 1992. Et il ne s’agira pas des seuls problèmes qu’ont eus les rappeurs tunisiens avec les autorités.

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Le 6 février 2013, Mohamed Amine Hamzaoui, a été assailli par des policiers cagoulés à l’avenue de Paris, en plein centre ville, à Tunis. Klay BBJ aka Ahmed Ben Ahmed, a été sommé de se présenter devant la première Brigade d'investigation à l’Aouina, en le 8 février 2013. Et voici que la série noire continue. Difficile, donc, pour les rappeurs tunisiens de ne pas se sentir visés. Alors que des prédicateurs appellent ouvertement au meurtre, sans être le moins du monde inquiétés.

Le plus paradoxal, c’est que le Rap, cette musique qui a constitué la bande-son de la Révolution Tunisienne, semble aujourd’hui menacée, plus de deux ans après le commencement de la rébellion qui a fait chuter Ben Ali de son piédestal dictatorial. Les rappeurs, ont la légitimité de la rue et du vécu. Celle qui s’acquiert à la dure en se frottant à la rugosité du quotidien. Ils sont donc écoutés, et influent directement sur le cours des événements, en façonnant l’opinion. Même si la bande FM leur est restée interdite, et s'ils doivent encore se contenter des réseaux sociaux. Est-ce cette légitimité qui dérange les nouvelles autorités ? Le Rap tunisien serait-il à ce point dangereux pour qu’elles veuillent effacer la bande-son de la Révolution ?

Moez El Kahlaoui

Rap : Qui veut effacer la bande-son de la Révolution ?