Slim Chiboub, une banane pour la Révolution
Samedi, 24 Novembre 2012 12:26

singes-tunisiePourquoi faire taire Slim Chiboub, quand des proches de Ben Ali sont libérés, alors que des partis politiques remplissent leurs caisses en vendant des bulletins d’absolution? Voici donc comment  un entretien avec Slim Chiboub devient le symbole de la liberté d’expression.

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L’affaire de l’interview interdite puis autorisée de Slim Chiboub aura au moins le mérite de faire remonter à la surface quelques réalités escamotées sur la «Révolution». Une polémique qui vient à point nommé pour donner un coup de projecteur sur d’obscures vérités. Pourquoi tenir absolument à faire taire Slim Chiboub, quand des ministres de Ben Ali sont libérés, et ses plus proches innocentés ?

Des hommes d’affaires du premier cercle de la dictature ont été lavés de tout soupçon par la justice, quand certains ne sont même pas passés devant les tribunaux. Quant aux juges d’instruction, pour les quelques affaires qu’ils ont eu à traiter, ils ont presque systématiquement relevé que les dossiers de leurs «clients» étaient étrangement vides. Or comment justifier justement que les architectes du pouvoir de Ben Ali, les barons de la dictature, aient des dossiers vides de tout chef d’accusation digne de ce nom ? En partie parce qu’Ennahdha, la principale composante de la Troïka n’a pas vraiment brillé par son volonté de remettre en cause les fondements même du système Ben Ali.

chiboub-ettounissiaLe parti de Ghannouchi ne s’est en effet pas privé de faire appel à des «compétences» proches de l’ex-pouvoir de Carthage. Mettant à son service businessmen, journalistes, et même quelques porte-flingues de la politique mercenaire. Or face à tant de mansuétude et de laxisme, les plus audacieux ont compris qu’ils n’avaient même plus besoin de faire le pèlerinage de Montplaisir pour se blanchir. Le Congrès pour la République ? Il a trop longtemps gardé le silence face aux incartades de son allié pour avoir encore une quelconque crédibilité quand il se permet d’hausser tardivement le ton. Voici donc que des demi-sels, des maquignons, des chevaux de retour, se reprennent à espérer jouer leur propre partition, pariant sur de nouvelles forces montantes, avec un Destour qui promet de jouer de nouveaux tours.

La démocratie tunisienne peut-elle pour autant sortir de son goulet d’étranglement transitionnel sans mettre à bas le système médiatique et financier de Ben Ali ? Peut-on réellement développer un réel débat par le biais de chaînes de télévision accusées d’avoir comploté durant la Révolution et tué indirectement des centaines de Tunisiens en diffusant de fausses nouvelles ? Quel type de dialogue pourraient favoriser des stations FM, des chaînes télé, créés par des proches des Ben Ali-Trabelsi ? Or comment les partis au pouvoir pourraient-ils justifier un éventuel rejet alors que leurs représentants s’étaient précipités dans ces studios et plateaux télé pour faire reluire leur image avant et après le 23 octobre ? En définitive, les partis politiques ont préféré remplir leurs caisses, en vendant des bulletins d’absolution, plutôt que respecter les promesses faites abusivement pendant les élections.

L’alliance bananière entre les contrebandiers du big business et les médias, a fini par faire avorter les revendications premières de la Révolution. Les associés des Ben Ali-Trabelsi ont donc eu finalement raison. Leur alliance a clairement été profitable. La preuve ? Après avoir fait le plein durant la dictature, ils peuvent désormais bénéficier de leurs gains, et même prétendre peser de tout leur poids dans la Tunisie de la «Révolution». Quitte justement à la détourner peu à peu de ses objectifs premiers. Et peu importe si la colère gronde encore dans les régions, alors qu’on prétend offrir des olives, (sans doute pour l’apéritif), en guise de solution pour le chômage de doctorants.

En somme, Belhassen, Imed Trabelsi, et la Régente de Carthage du même nom, feraient presque figure de boucs émissaires, à qui on voudrait faire endosser tous les péchés d’un régime toujours vivant. Au nez, et surtout à la barbe des Tunisiens. Voici donc comment  un entretien avec Slim Chiboub devient le symbole de la liberté d’expression.

Oualid Chine

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