Freedom House recrute en Tunisie
Samedi, 02 Mars 2013 07:06

usa tunisieCette offre d’emploi a été publiée le 28 février sur le portail Linkedin. L’ONG américaine Freedom House cherche à recruter un directeur de projets basé en Tunisie. Celui-ci sera officiellement chargé de «soutenir les militants locaux de la démocratie et des droits de l'Homme».

La nouvelle recrue «devra rendre compte directement au directeur des programmes MENA, à Washington».

Après vérification, le site officiel de l’ONG a en effet également mis en ligne cette annonce. On apprend ainsi que le directeur de projet que Freedom House veut recruter en Tunisie sera notamment chargé de :

  • Élaborer et mettre en œuvre des programmes destinés à soutenir la démocratie et les militants des droits de l'homme en environnements fermés
  • Conduire tous les domaines de la gestion du programme y compris la mise en œuvre et la conception stratégique, gestion financière, supervision du personnel, communication, suivi, évaluation et rapports
  • Entretenir des relations avec les organisations et les militants des droits de l'homme locaux
  • Œuvrer en coordination avec le directeur régional pour l'élaboration et le financement de programmes et d’organisations

freedom house en TunisieAutant dire que cette offre d’emploi assez «particulière» risque de relancer durablement une controverse qui ne s’est toujours pas complètement apaisée en Tunisie. C’est que l’ONG en question est soupçonnée de ne pas se limiter à la défense des droits humains. Des soupçons que la présence de certaines personnalités américaines au niveau de la direction de Freedom House ne contribue pas à dissiper.

Les hommes de Freedom House
L’ONG créée en 1941, bénéficie du financement du gouvernement fédéral des États-Unis, de l’Union Européenne, et de groupes privés, telle la Fondation Soros. Freedom House a été, dès sa fondation, soutenue par Franklin D. Roosevelt, le président américain de l’époque. Son épouse Eleanor Roosevelt et Wendell Willkie, un candidat (républicain) aux élections présidentielles US de 1940, sont considérés comme les figures fondatrices de l’ONG. Depuis, se succéderont à la tête de son conseil d’administration des personnalités du calibre de James Woolsey (directeur de la CIA de 1993 à 1995), Samuel Huntington (auteur du «Clash des civilisations»), Zbigniew Brzeziński (conseiller à la sécurité nationale US de 1977 à 1981), ainsi que les néoconservateurs Donald Rumsfeld, (secrétaire à la Défense des États-Unis, de 2001 à 2006) et Paul Wolfowitz, (secrétaire adjoint à la Défense US entre 2001 et 2005), tous deux membres du gouvernement de George W. Bush.

zaineb-suwaijOn notera également Zainab Al-Suwaij parmi les membres dirigeants de Freedom House. Al Suwaij est accessoirement la directrice de l’American Islamic Congress, qui dispose également d’une antenne à Tunis. Selon le site officiel de Freedom House, Zainab Al-Suwaij «était l'une des rares femmes à se joindre au ‘’soulèvement’’ de 1991 contre Saddam Hussein. Elle a fui l'Irak et a fini par devenir un citoyenne américaine».

Autant de personnages donc, qui ne présentent pas vraiment le profil-type des défenseurs des Droits de l’Homme. Les réserves émises par de nombreux Tunisiens à l’égard de Freedom House ne sont donc pas dénuées de tout fondement. Or l’intérêt porté par cette ONG à la Tunisie ne date pas vraiment d’aujourd’hui.

Freedom House en Tunisie
Parmi les principales figures politiques tunisiennes ayant participé à des programmes de Freedom House, on peut citer Mohsen Marzouk, l’une des figures de proue du parti Nida Tounes, qui a été l’un des directeurs régionaux de cette ONG américaine. Dans le camp d’Ennahdha, Samir Dilou ex-porte-parole du gouvernement et ministre des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle a aussi participé à des programmes de Freedom House, qui lui ont notamment permis de donner plusieurs conférences aux Etats-Unis, sur la thématique des libertés, comme l’affirme, ce document publié par le Collège de Droit de l’Université Américaine.

Sous le régime de Ben Ali, des militants écrasés sous la chape de plomb pouvaient en effet être tentés de profiter de toutes les tribunes disponibles pour briser la loi du silence. Une position qui pouvait en effet ne pas manquer d’arguments, à une époque où le verrouillage politique et médiatique était systématique. Mais si, pour certains, tous les moyens pouvaient être bons pour combattre la dictature, on peut s’interroger sur les motivations d’une ONG américaine d’une telle importance, quand elle cherche à recruter dans la Tunisie de l’après Révolution. Surtout dans un contexte marqué par de fortes dissensions à la fois nationales et régionales.

Oualid Chine

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