| Caid Essebsi, Bourguiba et le spectre de Lazhar Chraïti |
| Vendredi, 23 Mars 2012 19:52 |
«Lorsque (…) l’Histoire prendra le pas sur l’actualité, Habib Bourguiba sortira alors du purgatoire et la statue équestre du plus illustre des Tunisiens reprendra sa place à Tunis, sur l’avenue Habib-Bourguiba». C’est sur ces mots que s’achève «Le bon grain et l’ivraie», le livre qu’a consacré l’ex-premier ministre provisoire, au premier président tunisien, en 2009, alors que le règne de la kleptocratie Benaliste tirait vers sa fin.
En attendant, les dossiers noirs du bourguibisme sont ouverts. Les victimes encore vivantes, les descendants de ceux qui ont subi les tortures au bagne de Borj Erroumi, pointent du doigt Béji Caid Essebsi, ex directeur de la sûreté nationale en 1962, puis ministre de l’Intérieur de 1965 à 1969, de celui qui allait s’introniser président à vie. Parce que Bourguiba ne s’est pas contenté de libérer la femme et de codifier l’exemplaire Statut Personnel. Il se faisait aussi filmer en train de nager à Skanès-Monastir, histoire de rappeler à ses sujets, qu’il n’était pas près de boire la tasse, même quand il sifflait publiquement du jus d’orange en plein Ramadan. D’autres préféreront retenir les fulgurances visionnaires des discours du Palmarium ou de Jéricho. C’est selon. Mais la torture, c’est sous son ère qu’elle a été érigée en institution comme le rappelle Gilbert Naccache, qui a écrit parmi les plus belles pages de notre littérature carcérale nationale, traçant les contours de l’indicible et de l’abominable innommable.
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