Lundi, 03 Décembre 2012 19:04

jebali-marzoukiAprès que Moncef Marzouki ait officiellement annoncé, lors de son discours du 30 novembre, de son souhait de changer de gouvernement, voici que ses partenaires d’Ennahdha rétorquent à leur tour vouloir changer de président. 

C’est d’abord le ministre de la Santé, qui a ouvert le bal en affirmant que personne n’était à l’abri d’un chambardement, «des secrétaires d’Etat, à la présidence de la République» a-t-il même précisé. Sahbi Atig, le président du groupe parlementaire  Ennahdha au sein  de l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), a en effet déclaré, en ce lundi 3 décembre 2012, que «son bloc demande la signature d'une pétition de retrait de confiance du président provisoire de la république  à la suite de sa proposition». Rappelant, sur les ondes de Mosaique FM, que «l’ANC est la plus haute institution du pouvoir politique en Tunisie et la source  de toutes les légitimités  notamment  celle des ministres, chef du gouvernement ou encore du président de la république. Il est donc possible à l’ANC d’examiner à tout moment ces légitimités ou encore d’octroyer ou de retirer la confiance».

Or en théorie, M. Atig n’a pas tort. L’article 13 de la loi d'organisation provisoire des pouvoirs publics en Tunisie relatif à destitution du président stipule en effet que :

sahbi-atig« L’Assemblée Nationale Constituante peut révoquer le Président de la République de ses fonctions par une décision approuvée par au moins la majorité absolue des membres de l’assemblée, et ce suite à une demande motivée, soumise au Président de l’assemblée par au moins un tiers de ses membres.

L’assemblée doit, dans un délai de 15 jours de la date de révocation, élire un Président conformément aux modalités mentionnées à l’article 10 de la présente loi. Le Président de l’Assemblée Nationale Constituante assumera les fonctions de Président de la République à partir de la date de révocation jusqu’à l’élection d’un nouveau Président».

Donc a priori, l’Assemblée Nationale Constituante pourrait en effet entamer une procédure de destitution, puisque le bloc d’Ennahdha, avec ses 89 députés, pèse déjà plus d’un tiers au sein de l’hémicycle. Reste maintenant à savoir si le parti de Ghannouchi a vraiment intérêt à passer des escarmouches à fleurets mouchetés, au stade de la guerre déclarée. D’autant plus qu’à en croire les derniers sondages, Marzouki est en deuxième positions, tout juste derrière Béji Caïd Essesbi dans la perspective d’une prochaine course à la Présidentielle. Ennahdha, déjà relativement isolée sur la scène politique, a-t-elle réellement les moyens et la volonté de se battre sur tous les fronts ? Ne s'agirait-il pas plutôt d'une énième diversion destinée à détourner l'attention du marasme socio-économique dans lequel s'enfonce le pays?

Et puisque que la scène politique tunisienne vire plus que jamais à la tragicomédie, l’avis de nos cinéastes, en ce lendemain des JCC, pourrait éclairer notre lanterne qui n’a, en l’occurrence, rien de magique. Le réalisateur Moncef Dhouib qui s’est par ailleurs illustré avec son fameux «Sultan de la médina» commente ainsi l’actualité : «Marzouki est gagnant s’il reste, gagnant s’il sort». Et vu le déroulement des événements, nous serions tentés d’ajouter, que dans les deux cas de figure, c’est la Tunisie qui risque d’en sortir encore une fois perdante.

Soufia Ben Achour

Lire aussi:  Tunisie: Marzouki coince Ennahdha

Tunisie : Marzouki, la destitution en question
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