Mardi, 25 Décembre 2012 11:22

sebssi-bennani.La politique en Tunisie devient assommante, depuis que les principaux acteurs font un usage abusif de leurs arguments les plus percutants. Le débat dérape presque systématiquement pour atteindre parfois des sommets de violence verbale, comme cela a été le cas, lors de la «passe d’arme» entre Walid Bennani, le député d’Ennahdha, et l’ex-premier ministre M. Béji Caid Essebsi, diffusée par Ettounissia TV dans la soirée du lundi 24 décembre.

Le leader de Nida Tounes est parvenu à pousser la provocation jusqu’à sortir son adversaire du jour de ses gonds, en évoquant une raclée (Essesbi a bien employé le terme «t’riha) que Bennani aurait reçu, dans son propre fief, à Kasserine.

Sur les réseaux sociaux, les deux camps montrent les crocs via des commentaires forts suggestifs accompagnant des extraits vidéo du même tonneau. «Walid Bennani explose Essebsi d’un missile balistique» lit-on sur les pages Nahdhaouies. «Si El Béji ridiculise le Nahdhaoui et fait de lui une serpillère» peut-on lire du côté des supporters de Nida Tounes.

Quelques jours plus tôt, le samedi, la violence était physique, et culminait avec l’assaut donné par les «Ligues de la Protection de la Révolution» qui visait la réunion de Djerba organisée par Nida Tounes. Certes, le parti au pouvoir peut disposer de certaines complicités, et paraît plus enclin à faire un usage violent de ses troupes de choc, comme notamment devant le siège de l’UGTT.

Quant aux adversaires d’Ennahdha, ils se contentent le plus souvent de piques verbales, comme autant d’aiguillons plantés dans le flanc de leur ennemi politique. On concèdera cependant que l’usage de termes du style «jerdhen» (rats, en français), et la multiplication des métaphores zoologiques, et ce, bien avant que les confrontations ne se multiplient, ne favorise pas nécessairement l’épanouissement du dialogue lucide et pacifié. Mais est-ce vraiment une surprise ?    

Rixes sanglantes à l’université
Dans les années 80 du siècle dernier, c’est à coups de chaînes, de gourdins et de couteaux, que les adversaires se volaient dans les plumes à l’université. Nationalistes arabes, gauche «révolutionnaire», islamistes, se rentraient joyeusement et mutuellement dans le lard, sous la chape de plomb imposée par des médias verrouillés. Et tout ce beau monde était uni dans une fraternelle égalité sous les coups de la matraque de la police et des milices, qui étaient, en ce temps-là, destouriennes.

Et voici qu’en 2012, la bagarre paraît se transposer, avec d’autres acteurs, à nos écrans télévisés. Mais dans la plupart des cas, la violence, en Tunisie, n’a, même pas besoin du prétexte politique. «Pour les âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années». Et cette maxime trouve d’ailleurs une parfaite illustration dans nos écoles secondaires. La prochaine décennie nous promet des empoignades encore plus spectaculaires, puisque la relève parait assurée, bien au-delà de tout clivage politique.

Violence dans les écoles
Les dernières statistiques publiées par le ministère de l’Education sont à cet égard édifiante, et révélatrices du niveau de la violence qui couve au sein la société tunisienne. Ainsi, au cours de l'année scolaire 2011-2012, les professeurs et les surveillants ont été victimes de prés de 3 000 agressions verbales et physiques. On recense donc près de dix agressions menées par de jeunes élèves s’en prenant à un enseignant tous les jours que Dieu fait, et ce, sur tout le territoire de la République. Et pour ces 3000 agressions, seuls 1200 procès verbaux sont en moyenne déposés. Une violence habituelle, dont on parle peu, bien loin de l’objectif des caméras. Des chiffres qui restaient, en d’autres temps, dans les tiroirs des responsables, pour ne pas obscurcir une image que l’on voulait artificiellement étincelante. Et ce ne sont certainement pas ces responsables politiques, qui donneront l’exemple aux nouvelles générations qui ont d’ores et déjà retenu la leçon.

En somme, avec la levée de la censure, la Révolution a fait voler en éclat l’image d’Epinal du Tunisien pacifiste dans l’âme, paisible et civilisé. Encore une carte-postale de brûlée.

Moez E.K

Tunisie : Arguments percutants pour politique assommante
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