Tunisie : Meurtre de Chokri Belaid, crime contre la Révolution
Mercredi, 06 Février 2013 12:09

chokri-belaidChokri Belaid est mort. Victime du premier attentat politique dans la Tunisie d’après la Révolution. L’assassin a tiré quatre balles sur le  secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifié, en ce mercredi 6 février. Belaid a été touché à la tête, au cœur, à la nuque et à l'épaule. L’assassin ne lui a laissé aucune chance.

Du travail de professionnel a souligné Hamma Hammami, le leader du Front Populaire, dont fait parti le mouvement dirigé par le martyr de la gauche tunisienne. Pour son camarade Hammami, «l’opération a été organisée et perpétrée par des spécialistes».

Le pire ? C’est que cet attentat qui endeuille aujourd’hui toute la Tunisie ne représente même pas vraiment une surprise. Chokri Belaid a tiré à plusieurs reprises la sonnette d’alarme. Sans que ses appels à l’aide ne soient véritablement entendus. Le lundi 23 janvier 2012, soit plus d’une année avant qu’il ne tombe sous les balles de ses meurtriers, Belaid avait affirmé avoir été menacé de mort en pleine rue, sur l’avenue Habib Bourguiba, à un jet de pierre du ministère de l’Intérieur. Et ce ne sera pas la seule fois que Chokri Belaid dénoncera publiquement de tels agissements, en révélant être la cible potentielle d’un meurtre politique.

chokri-belaidSon compagnon de route de toujours, Hamma Hammami, pointera du doigt «l'indulgence coupable du gouvernement, et de certains hommes politiques à l'égard des appels à la violence». Alors que des milices ont multiplié les menaces et les agressions physiques dans l’impunité. Les appels au meurtre ont trop souvent retenti dans les mosquées, et en marge des manifestations. Des mouvements politiques s’en sont même faits une spécialité, faisant de tels agissements une banalité. Sans que les autorités ne s’en inquiètent ou ne réagissent avec la détermination requise.

Pis : certains députés d’Ennahdha leurs trouvent même des justifications, leurs donnant ainsi une pseudo-absolution, voire même une légitimité, sous le toit de l’Assemblée Nationale Constituante. Les voici désormais, mis face à leurs responsabilités.

Du slogan au meurtre
Parce que manifestement, la Tunisie est passée du stade des slogans, à l’exécution de meurtres politiques froidement planifiés. Les menaces dans le champ politiques, même verbales, peuvent dégénérer à tout moment en agression physique. Et en assassinat. Le martyr de Chokri Belaid vient de le prouver de manière sanglante.  Pour Hamma Hammi, il n’y a pas de doute : «cet acte a été commis par des mouvements politiques qui veulent entraîner le pays dans le meurtre et l'anarchie. Tout le gouvernement assume la responsabilité de ce crime ignoble».

Or la situation est d’autant plus grave, que des armes à feu sont désormais en circulation en Tunisie. Revolvers et kalachnikovs sont effectivement disponibles sur le marché noir… Et les caches d’armes clandestines disséminées sur tout le territoire de la République sont régulièrement découvertes par les autorités.

Les revendications de la Révolution Tunisienne ont été et demeurent, malgré les difficultés, des exigences de dignité et de liberté. Les Tunisiens vont-ils aujourd’hui y renoncer pour se laisser entraîner dans la spirale sanglante de la violence ? Ou donneront-ils enfin, dans un sursaut salutaire, un coup d’arrêt à ceux qui veulent tuer et enterrer la Révolution ? Ne reste plus qu'à espérer que l'appel de Hamma Hammami soit entendu: «ce crime doit unir tous les Tunisien, pour que le sang de Chokri Belaid ne soit pas versé en vain».  

Oualid Chine

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