Le burnous, de Houari Boumediene à Moncef Marzouki
Mardi, 13 Décembre 2011 13:37

burnous-marzoukiLe burnous de Marzouki a été très remarqué par l’assistance à l’Assemblée Constituante, et encore plus par les téléspectateurs, qui ont suivi l’événement en direct, le premier discours présidentiel, en cette matinée du 13 décembre. L’apparition de ce vêtement a donc d’abord surpris, avant d’être commenté, critiqué, salué par des Tunisiens un peu éberlués.

C’est que les Tunisiens n’ont pas été habitués à ce que nos responsables politiques portent des vêtements traditionnels en dehors des fêtes religieuses.

Pourtant le burnous plonge ses racines dans l’histoire du Maghreb, et dans la terre de  nos aïeux, même si ce manteau bien de chez nous s’est retrouvé longtemps cantonné dans nos campagnes, et dans les villes et villages de la Tunisie profonde. Ibn Khaldoun en faisait même l’un des symboles de l’identité des Maghrébins, qui, se définiraient, selon lui («halq erou’ouss, akl el couscous, wa lebss el barnouss»), par des cheveux courts, leur goût immodéré du couscous, et enfin, par leur port du burnous. Or justement, cette appartenance, Moncef Marzouki la revendique et a même choisi de l’afficher, comme pour donner le ton, en cette cérémonie d’investiture.

marzoukiAu niveau des leaders politiques maghrébins, Marzouki ne sera, cependant, pas le premier à opter pour la longue cape en poils de dromadaire. C’est l’ex-président d’Algérie, Houari Boumediene qui a inauguré le port altier du burnous dans les cérémonies officielles et lors de ses visites à l’étranger, durant son règne, de 1965 à 1978. Le défunt leader algérien est lui-même issu d’une famille pauvre, de père arabe, et de mère berbère. Et ce sera lui qui fera d’Alger, la Mecque du mouvement des Non-alignés, une capitale au rayonnement politique international. On aura du reste remarqué qu’Abdelaziz Bouteflika, est le premier leader étranger à avoir présenté ses félicitations au nouveau président tunisien, même si la promptitude su message n’est pas nécessairement due aux burnous. Quoi que ce vêtement porté par le président tunisien a sûrement rappelé à Bouteflika l’époque où il était le ministre des affaires étrangères d’un pays craint et respecté.

Mais Moncef Marzouki, le dirigeant sans cravate, à l’image des responsables iraniens, n’a pas attendu son investiture pour arborer le burnous. De  nombreuses photos le montrent en costume, (petite concession vestimentaire à la mode occidentale), mais enveloppé dans cette cape qui plonge ses origines dans notre histoire berbéro-arabe. Et le choix du burnous par Moncef Marzouki n’est donc pas uniquement une marque de sobriété ou de simplicité. Mais un signal fort et délibéré destiné à marquer les esprits pour signifier sa volonté de revaloriser notre identité jusqu’ici marginalisée.

Marwene El Gabsi

Le burnous, de Houari Boumediene à Moncef Marzouki
 
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