| Congrès mondial féminin de Hizb Ettahrir à Tunis |
| Mercredi, 29 Février 2012 15:39 |
Dans dix jours, des sympathisantes des thèses islamiques de Hizb Ettahrir, accourront donc du monde entier vers la Tunisie, pour discourir des bienfaits du califat, et des «lumineuses perspectives» qu’il offre en termes de libertés féminines. Des vidéos de représentantes du parti en Indonésie, Australie, Russie, Pakistan seront projetées comme autant de témoignages des «avantages du califat dans la préservation des droits des Femmes». Elles viendront donc de toutes parts en Tunisie, pays considéré depuis 1956 comme étant un pionnier de la cause féminine, pour affirmer que «seul le système islamique permet de garantir effectivement les droits de la femme».
A noter que le Hizb Ettahrir n’interdit pas le travail féminin, et n’encourage pas particulièrement le niqab, même s’il revendique haut et fort son refus de séparer la religion de l’Etat. C’est que Hizb Ettahrir considère la laïcité, et accessoirement la démocratie, comme «des notions importées de l’Occident, et en totale contradiction avec les principes de l’Islam». Et si cette prise de position peut sembler peu lumineuse, elle a au moins le mérite de la clarté. Fondé en 1953 en Jordanie par le palestinien Taqieddine Ennabhani, Hizb Ettahri représente une espèce d’internationale islamiste lancée à la conquête du globe. Et le parti dirigé en Tunisie par Ridha Belhaj, est effectivement très influent dans des pays de l’Asie Centrale turcophone comme le Turkmenistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan. Et même s’il subit dans ces régions une sanglante répression, la nostalgie du califat mâtinée de panturquisme contribue largement à la rapide propagation de ses idées. D’autant plus que contrairement à d’autres mouvements islamisants, le parti de la libération (Hizb Ettahrir) condamne la violence et n’a jamais figuré dans aucune liste noire énumérant les organisations terroristes.
Et voici donc que ce parti, qui n’a théoriquement aucune reconnaissance légale en Tunisie, en arrive à organiser une conférence internationale dans notre pays. Mais il est vrai qu’il peut compter sur la bienveillance de de Rached Ghannouchi, le président du mouvement Ennahdha, qui a affirmé être favorable à sa légalisation. Une position également défendue par Issam Chebbi, le dirigeant (et frère du fondateur) du Parti Démocratique Progressiste (PDP). La Tunisie d’après la Révolution est visiblement devenue un pôle magnétique attirant particulièrement les chantres des partis islamisants. Ce ne sera pas la première fois qu’une telle réunion internationale a lieu dans notre pays. Du 15 au 17 décembre 2011, un symposium international réunissant un aréopage de cheikhs et d’oulémas (majoritairement salafistes) de Palestine, Syrie, Liban, et d’Egypte a ainsi eu lieu à Gammarth, en présence de Ghannouchi. Et voici que pour fêter la Femme, Hizb Ettahrir a pris l’initiative d’organiser cette rencontre au sommet, en ce mois de février 2012. De quoi certainement faire «plaisir» aux plus engagées de nos féministes, qui ont largement payé leur tribut à la Révolution. Soufia Ben Achour Facebook Social Comments Box for Joomla |