Les vrais enjeux du piratage du mail de Jebali
Dimanche, 08 Avril 2012 16:39

anonymous-tunisia tunisieL’email de Hamadi Jebali, secrétaire général d’Ennahdha et surtout, premier ministre, et donc chef du gouvernement tunisien, a été piraté par un groupe qui s’est nommé «Anonymous Tunisia». Les archives de la boîte mail du ministre ont été en partie mises en ligne, et donc rendues publiques.

Dans une vidéo diffusée ce dimanche 8 avril, les hackers déclarent avoir pris ces mesures de «rétorsion» en réaction  «au silence du gouvernement face à l’attaque des jeunes tunisiens par un courant salafiste, la nomination des gouverneurs pro Ennahdha, les violences commises au ministère des Droits de l’Homme à l’encontre des blessés de la Révolution, et celles commises devant le ministère de l’Intérieur à l’encontre des chômeurs diplômés qui réclamaient leur droit au travail».

Visiblement le piratage des e-mails des responsables politiques du plus haut niveau est à la mode. Le compte e-mail du dictateur syrien Bachar Assad a ainsi été récemment piraté. Et le monde entier a pu lire le contenu de ses échanges, entretenus notamment avec sa femme. Mais…

Indépendamment de la position que l’on peut avoir vis-à-vis du parti politique Ennahdha, de la politique suivie par le gouvernement. Quelle que soient les critiques et les réserves que l’on peut émettre vis-à-vis d’Ennandha et des deux autres partis de la troika. On ne peut considérer cet acte autrement qu’une atteinte grave à la souveraineté nationale.

A ce stade, il convient de s’interroger sur certains points :

  1. Est-il normal que le chef du gouvernement tunisien puisse passer par les services d’une société privée américaine, (Google en l’occurrence) pour communiquer ?
  2. Comment se fait-il que les circuits de communication de notre gouvernement ne soient pas sécurisés ?
  3. Y a-t-il une agence ou une entité quelconque chargée d’assurer la sécurité électronique de nos responsables politiques ?

L’acte de piratage du compte mail du premier ministre d’un gouvernement élu est d’une extrême gravité. Le manque de précautions, le fait que la boîte aux lettres en question ne soit pas sécurisée, représentent des manquements tout aussi graves. Visiblement, nos responsables n’ont pas pris la mesure des risques encourus en ne passant pas par des canaux sécurisés. Une erreur d’appréciation, un laxisme, dont les conséquences peuvent être incalculables. D’autant plus que si le piratage du compte de Hamadi Jebali a été rendu public, rien n’indique que d’autres comptes n’aient pas été aussi, secrètement, hackés, en l’absence éventuelle de mesures de sécurité électronique adéquates.

En clair, si des précautions techniques n’ont pas été prises, il est tout à fait possible que les boîtes e-mail des autres ministres tunisiens, et même celles de la présidence soient également consultées par des étrangers, pas nécessairement bienveillants. En d’autres termes, des secrets d’Etat, des questions sensibles, des dossiers que l’on croyait ultra-confidentiels, pourraient ainsi se retrouver sur le bureau d’ambassadeurs étrangers, voire sur celui de l’ex-dictateur Ben Ali, dont tous les relais n’ont pas été désactivés.

Un amateurisme qui expose toute la Tunisie au ridicule. Mais aussi à de graves risques pour la sécurité nationale. Et si les coupables du piratage sont strictement condamnables, encore faut-il que les membres du gouvernement, leur équipe, leur staff technique, soient à la hauteur de leurs responsabilités.

Moez El Kahlaoui

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